Les murmures de l’aube

(Article précédemment publié le 26 avril 2021 sur une autre plateforme)

— Réveille-toi.
— Non, dors encore un peu.
— Allez, réveille-toi… Ouvre un œil. Tu as très envie d’ouvrir un œil.
— Pas du tout, tu n’en as absolument pas envie. Tes paupières pèsent sur tes yeux comme une lourde couverture feutrée, et c’est très bien ainsi.
— Mais tu as très envie de voir s’il fait jour, s’il fait beau, la couleur du ciel…
— Regarde comme la couleur du sommeil est belle aussi. Ce chatoiement paisible du néant…
— Tu te demandes quelle heure il est. Six heures ? Sept heures ?
— Il est l’heure qu’il était hier à la même heure, et tu n’empêcheras pas les horloges de tourner.
— Un nouveau jour t’appelle ! Quelle joie d’être en vie !
— Rendors-toi et retourne dans cet espace hors du temps… 
— Lève-toi, mammifère !
— Dors, oursonne humaine ! Niche-toi dans la respiration des draps, tout contre les battements de cœur de l’oreiller…
— Ecoute ! Tu entends les oiseaux qui chantent pour toi dans le jardin. Tu entends les trilles du merle qui t’appelle ?
— Il appelle sa merlette. Cette aube ne te regarde pas.
— Allez, bouge. Une nouvelle journée, c’est un cadeau de possibles qui s’ouvre devant toi. Tu ne veux pas déballer ton cadeau ?
— N’écoute pas. Reste encore un peu dans la magie des limbes, là où se déploient les vrais infinis de l’imaginaire.
— Pense à ta liste de choses à faire. Des pages à écrire, des amis à appeler…
— Ah ah ! Et la déclaration d’impôts à remplir ! Reste au lit, rendors-toi vite, oublie ce dragon !
— Viens cueillir le jour… Il est unique. Et il passe si vite.
— Raison de plus pour savourer l’instant. Cet instant. Cette paresse. C’est la seule vérité.
— …
— …
— Et un bon café chaud ? Avec des tartines… un kiwi… ou des myrtilles…
— Ah non ! Parler à l’estomac, c’est de la triche ! Maintenant, c’est sûr : elle va se lever.

Et je me suis levée.
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